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Collection Les mondes germaniques

Denis GOELDEL


Le tournant occidental de l'Allemagne après 1945

2005 • ISBN 2-86820-264-0
376 p. • 16,5x23,5 cm
Prix : 24 €

L’ouvrage montre comment l’Allemagne de l’Ouest s’approprie les valeurs, les systèmes de pensée, les modèles institutionnels du monde occidental après 1945. Le processus d’occidentalisation, qui met fin au fameux « Sonderweg », est à l’œuvre dans tous les domaines : économie, politique, culture. Il est le fait de multiples acteurs : Alliés occidentaux, émigrés ayant fuit le nazisme, élites et Allemands ordinaires.
À côté de transferts culturels réussis, l’ouvrage met en lumière les résistances aux tentatives de réforme des Alliés (la fonction publique, l’éducation…) avec pour argument la supériorité des institutions allemandes traditionnelles. Surtout, il montre que les Allemands n’adoptent pas tel quel le modèle occidental, mais le transposent, et procèdent à des « métissages », donnant naissance à des formes composites : économie sociale de marché, capitalisme rhénan, national-pacifisme… Mais à la différence du passé, elles n’apparaissent pas dirigées contre l’Occident.
Ainsi, l’Allemagne a pris le « tournant occidental », mais sans se renier pour autant. Avec la « République de Berlin »et sa « nouvelle normalité », dernier avatar de l’occidentalisation, elle reste amarrée « en Occident », dans un Occident qui change de visage.


Denis Goeldel est professeur émérite de civilisation allemande à l’Université Marc Bloch de Strasbourg.


Table des matières

INTRODUCTION
     Essai de définition du concept d’occident (« der Westen »)
     Occidentalisation et « modernisation »
     Occidentalisation et « deutscher Sonderweg »

PREMIÈRE PARTIE : LES SECTEURS DE L’OCCIDENTALISATION


I – L’occidentalisation de l’économie : l’instauration de l’économie de marché

     L’économie ouest-allemande après 1945
     Les tentatives de socialisation avortées sous la République de Weimar
     La socialisation et la cogestion entravées après 1945
     La socialisation « a minima » de la Loi fondamentale
     La cogestion insatisfaisante
     La rupture avec l’économie dirigée et le tournant vers l’économie de marché
     La réforme monétaire du 20 juin 1948 : préalable à la relance de l’économie
     La « réforme économique » du 24 juin 1948 ou la rupture avec l’économie dirigée
     Les mesures anti-cartels ou la rupture avec l’« économie organisée »
     La doctrine « ordolibérale » : l’avènement du néolibéralisme en Allemagne
     Les transferts culturels et le tournant libéral/néolibéral de l’économie ouest-allemande

II – L’occidentalisation des institutions politiques : l’instauration d’un état fédéral et d’une démocratie parlementaire, représentative, pluraliste et libérale
     Les « Frankfurter Dokumente » ou la « commande » occidentale comme amorce du processus d’élaboration de la nouvelle démocratie
     Méfiance de la résistance intérieure allemande face à la démocratie parlementaire
     Le contre-modèle de la démocratie « dualiste » de Weimar : un parlementarisme politiquement « contrôlé »
     La réalisation d’une démocratie parlementaire intégrale à travers la Loi fondamentale
     L’instauration d’une « démocratie de partis » (Parteiendemokratie) et d’une « démocratie pluraliste » (pluralistische Demokratie)
     L’instauration d’un Etat de droit (Rechtsstaat)
     L’instauration d’une démocratie militante ou combattante (« streitbare/wehrhafte Demokratie »)
     L’instauration d’un Etat fédéral
     La réalisation en RFA d’une « démocratie occidentale » (Ernst Fraenkel) / « libérale » (Serge Bernstein)

III – L’occidentalisation de la politique extérieure et de sécurité. L’ancrage de la RFA dans le système d’alliances occidental

     Rupture avec les orientations traditionnelles de la diplomatie allemande : rejet des conceptions de la politique de puissance (Machtpolitik), de la politique de bascule (Schaukelpolitik) et de la politique de troisième voie (dritte Kraft)
     Le choix de l’intégration occidentale fait par Adenauer
     Résistances et oppositions au réarmement et à l’intégration militaire occidentale
     Tentatives répétées de participation à l’armement nucléaire : l’exigence ouest-allemande de la « parité nucléaire »
     Consolidation de l’ancrage occidental à travers la « politique à l’Est » (Ostpolitik)
     La « normalisation » de la politique extérieure et de sécurité depuis l’unification

IV – L’occidentalisation de la société et de la culture

     L’occidentalisation de la société
     L’occidentalisation du mode de vie ouest-allemand : consommation, loisirs et pratiques culturelles
     L’occidentalisation de la création littéraire et artistique
     L’occidentalisation de la vie intellectuelle
     Changement de paradigme dans les sciences humaines après 1945 : la rupture avec l’historisme
     L’occidentalisation de la culture politique
     La culture politique occidentalisée
     Les deux phases de l’occidentalisation politico-culturelle

DEUXIÈME PARTIE : LES ACTEURS DE L’OCCIDENTALISATION


I – Les alliés en tant qu’acteurs de l’occidentalisation

     L’intervention alliée dans le domaine de l’économie
     L’intervention alliée dans le domaine politique
     Les Alliés acteurs de l’occidentalisation culturelle

I
I– L’occidentalisation des élites et par les élites ou l’« occidentalisation par le haut »
     La question des « nouvelles élites dirigeantes » : changement d’élite (Elitewechsel) ou changement de l’élite (Elitewandel/Eliteveränderung) ?
     La neutralisation politique de la bourgeoisie culturelle (Bildungsbürgertum) après 1945 comme élément facilitateur de l’occidentalisation
     L’émigration/« rémigration » comme vecteur central de l’occidentalisation des élites (Westverschiebung der Eliten : Christian Graf von Krockow) et par les élites

III – La population ouest-allemande comme vecteur de l’occidentalisation/américanisation ou l’« occidentalisation par le bas »
     Réticences initiales de la population ouest-allemande face à l’occidentalisation des institutions économiques et politiques et de la culture politique
     Attitude ambivalente de la population ouest-allemande face à l’alliance occidentale : choix du partenariat occidental et refus concomitant de l’« option orientale », mais rémanence de réactions neutralistes
     Ambivalence des pratiques culturelles de la population ouest-allemande : prévalence du goût traditionnel, mais attirance envers le mode de vie occidental (westliche Lebensart)
     La jeunesse ouvrière comme vecteur de la première vague d’occidentalisation des années cinquante : les « Halbstarken » ou « l’américanisation par le bas » (Kaspar Maase)
     La jeunesse étudiante et les « nouvelles classes moyennes « comme vecteurs de la seconde vague d’occidentalisation/américanisation de la décennie 1960

TROISIÈME PARTIE : TRANSFERTS CULTURELS ET SUBSTRAT NATIONAL PROPRE. RÉSISTANCES AUX TRANSFERTS OCCIDENTAUX ET MÉTISSAGES POLITICO-CULTURELS EN RFA

I – Transferts occidentaux et résistances aux transferts au nom des traditions allemandes
     La réappropriation du libéralisme en Allemagne de l’Ouest opérée à la faveur des transferts culturels des années cinquante et soixante
     Permanence de traditions allemandes propres et résistances aux transferts occidentaux : la « dépendance à l’égard du chemin » (path dependence)

II– Transferts occidentaux et métissages. La nouvelle « voie médiane « allemande
     Métissages culturels opérés dans les secteurs politique, économique et social
     La nouvelle « voie médiane » allemande (Politik des mittleren Weges : Manfred G. Schmid) ou la variante allemande du modèle démocratique-libéral occidental

CONCLUSION
     « Keine Angst vor Deutschland ! » (Michael Wolffsohn) ou l’occidentalisation réussie de l’Allemagne de l’Ouest à la faveur des transferts et des métissages culturels
     La « République de Berlin » ou la « normalité » – postmoderne – de l’Allemagne
     La nouvelle Allemagne « en Occident » : vers une conception pluraliste de l’occidentalité ?